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Pas de bras, pas de ...bateau

  • Photo du rédacteur: Elisabeth
    Elisabeth
  • il y a 5 jours
  • 2 min de lecture

Deux jours avant d’embarquer sur Fou de Bassan, chute à vélo.Deux fractures. Les deux têtes radiales.

Pas un bras. Les deux.

Faut-il y voir un simple accident… ou un signe que je ne sais pas encore lire ?


Da mincha dulur ans cresch’üna flur.


Ce matin, en relisant un beau livre, je suis tombée sur cette phrase. Elle est en romanche, la 4e langue nationale suisse, parlée par une minorité de personnes dans le canton des Grisons.

Elle signifie : « De chaque souffrance naît une fleur. »

Je m’y accroche. Dimanche 3 mai 2026


Aujourd’hui, tout est prêt pour appareiller. Cap sur Madère, puis les Açores.

À bord : Bernard, le capitaine. Christophe, mon cousin, ancien coureur au large — un équipier en or, de ceux qui rendent les choses possibles quand elles deviennent compliquées. Nadège et Patrick les rejoignent pour cette première étape.


Moi, je regarde tout ça depuis la Suisse.

À quai.


Inutile de repasser le film de l’accident. Ça ne changera rien. Alors je cherche autre chose. Une ouverture.


Je prends une loupe — ouf, mes mains me le permettent encore — et j’observe.

Quelques bourgeons émergent.


  • Fractures « bénignes » (sic). Six semaines avant de pouvoir reprendre une écoute.

  • Dans une semaine, je rejoins le bord à Funchal. Sans bras. Puis avion pour les Açores.

  • Bernard et Christophe fonctionnent déjà en binôme. Très bien, même. Au point de me demander si j’ai encore ma place à bord :)


Reste une option : tester un rôle inédit — celui de passagère, voire de princesse… avec service à bord, moi qui n’ai jamais su rester sans agir. En attendant de pouvoir, à nouveau, tenir une barre… et reprendre la mer, qui me manque déjà tant.

 

À quai,

Je reste.

Pas la peine

De dire

« les bras m’en tombent ».


J’avais oublié :

Ils sont cassés.


Mon Fou de Bassan

Voguera sans moi.


Déception,

Immense,

De ne pas traverser

Avec eux.


Eux ?

Mon capitaine,

Mon cousin,

Et mes amis.


Je sais qu’avec Nadège,

On aurait dansé,

Chanté,

Et, pendant les quarts de nuit,

Plongé le nez dans les étoiles.


Depuis mon écran,

Sur la carte MarineTraffic,

Je les suivrai.


Eux,

Devenus un seul

Petit point.


Un voilier,

Point parmi les points,

Là, quelque part,

Entre les côtes portugaises

Et Madère.


Au milieu de l’océan.


Un point,

Avec des humains.


Un point,

Qui vit.


Un sillage qui s’écrit sans moi.

C’est ainsi.


Mon Fou de Bassan,

Au milieu de l’océan.


Et moi,

À quai.




 

 
 
 

1 commentaire


Maria Bernasconi
Maria Bernasconi
il y a 3 jours

Oh ma chère Elisabeth, qelle triste nouvelle. J'espère que tu puisses continuer à voir les choses en positif et pense bien fort à toi,. Gros bisous. Maria

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Qui sont ces deux oiseaux?

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Colonie de Fous de Bassan, Rouzic, France

© Bernard Thorens

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