• Elisabeth

L'aventure commence par le golfe de Gascogne

Impatients de lever l’ancre pour découvrir les côtes nord atlantiques de l’Espagne et du Portugal après avoir sillonné le Morbihan pendant presque deux saisons, c’est tout de même avec un petit pincement au cœur que nous avons quitté le familier port du Crouesty collé au sympathique village d’Arzon. Dimanche 10 juillet. Nous voilà en route pour de nouvelles aventures ! Maroc, Madère, Açores…Qui sait ensuite où Fou de Bassan nous emmènera.


Cela fait tout bizarre de se dire que demain nous quitterons le Crouesty pour très longtemps, cette Bretagne du Sud qu’on a tant aimé. Jean-Luc et Christine, deux amis de Genève qui naviguent sur Mentalo, un RM 10,80 basé à Vannes, sont venus nous dire bonjour avant que nous ne prenions le large. Nous sommes heureux de partager ce moment convivial avec eux et de partager des propos de voileux.


Première étape, la Rochelle où nous devons embarquer Raphaël et Rémy, deux amis audacieux et curieux de découvrir la vie de marin. Ils nous prêteront main forte pour traverser le capricieux golfe de Gascogne pour rejoindre Gijon. Afin de prendre un cap optimal sur la ville portuaire, nous mouillons à Hoedic où nous prenons le temps de savourer l’atmosphère de cette petite île si attachante.


En ce moment, je dévore la vagabonde des mers, un récit d’Ella Maillart, une des plus étonnantes aventurières que le vingtième siècle ait connu. L’ouvrage parfait pour accompagner le début de notre voyage. « Qu’est-ce qui nous pousse à ressentir tant d’amour pour un bateau ? » se demande-t-elle.


« Ce n’est pas le fait de flotter qui sur l’eau qui procure tant de bonheur, car, le bateau étant tiré à sec, il m’est arrivé d’éprouver le même sentiment de tendresse. Non, je crois qu’il y a quelque chose d’autre, cela procède du bateau lui-même, de son esprit qui nous entoure, de tout ce qu’il constitue, de son indépendance. Je crois que ce qui nous émeut tant dans cette création de l’homme dont chaque partie a sa raison d’être, c’est en quelque sorte le caractère qui lui est propre. »

Ce passage me parle. Fou de Bassan possède son caractère. Ce matin, au petit déjeuner dans le port de Gijon, Bernard me disait qu’il fallait savoir sentir Fou de Bassan, aller dans son sens, ne pas le contrarier, savoir l’écouter.


PAN PAN au large de l’île Yeu


Sans problème technique, la vie à bord serait si ennuyeuse. Notre enrouleur de génois nous a joué un mauvais tour lorsque nous étions en route pour la Rochelle, au large de l’île d’Yeu.

En voulant trop étarquer la drisse - erreur de notre part - nous avons fait sortir l’émérillon du sommet de l’enrouleur, bloquant celui-ci. Plus possible non plus d’affaler le génois. Nous ne pouvions pas mouiller à Yeu avec une voile battant dans le vent. Nous nous sommes résignés à demander de l’aide en lançant un appel PAN PAN sur le canal 16 de la VHF. Il a fallu moins de 10 secondes pour que quelqu’un nous réponde et à peine 20 minutes pour qu’une vedette de la Société Nationale de Sauvetage en Mer SNSM vole à notre secours. Il faut tout de même préciser que le centre de secours nous a demandé avant d’intervenir si nous étions d’accord de payer pour cette intervention. Lorsque le bateau rencontre un problème technique, les frais sont à charge du propriétaire. En revanche, les secours sont gratuits s’il faut sauver des vies humaines.


Deux hommes costauds sont montés à bord de Fou de Bassan et ont tiré de toutes leurs forces pour affaler le génois. Epatant et efficace. Il faut saluer le courage de tous ces sauveteur.e.s qui s’engagent sur une base bénévole.



A l'île d'Yeu, avec l'équipe de sauvetage SNSM

Arrivés à la Rochelle, nous avons sauté sur notre téléphone pour trouver un spécialiste qui puisse monter au mât et réparer les dégâts. Nous avons été chanceux en cette veille de 14 juillet, puisque nous avons trouvé quelqu’un pour intervenir. Il aurait été trop facile d’en rester là. Quelques heures plus tard c’était au tour de notre cocotte-minute pourtant neuve – un élément indispensable de la vie à bord – de manifester son mécontentement. Résoudre cette autre panne nous a occupés une autre partie de la journée.


Les copains à bord


Après avoir accueilli nos amis Raphaël et Rémy à bord, nous avons appareillé pour la traversée du golfe de Gascogne. Nous avons bénéficié de conditions idéales. Un vent du nord à nord-est de 15 à 22 nœuds avec quelques rafales à 30 nœuds et deux empannages dans la nuit noire assez impressionnants. Il fallait bien que le golfe de Gascogne soit fidèle à sa réputation pour adouber l’équipage. Il nous a offert une mer courte et croisée qui a donné le mal de mer à certains, comme de bien entendu. La traversée aura duré 40 heures.


A présent nous voilà en Espagne, dans l’agréable marina de Gijon, sur la côte des Asturies, épargnée par la canicule qui sévit sur le reste de l’Europe. Pour une fois on apprécie le léger brouillard, si typique de la côte atlantique espagnole, qui apporte une fraîcheur bienvenue. Raphaël et Rémy rentrés en France, nous profitons des quelques jours devant nous pour accomplir les tâches usuelles : nettoyer et ranger Fou de Bassan, faire les lessives.

Demain nous reprenons la mer en direction de la Corogne, où nous nous réjouissons d’accueillir à nouveau des ami.e.s, Francesca et Christian.

Partager notre vie à bord et la navigation avec les gens qu’on aime. C’est le cadeau que Fou de Bassan nous fait.











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