• Elisabeth

Rêve et cauchemar en Bretagne du Sud

Dernière mise à jour : 19 oct. 2021


Un petit vent d’est de 12 nœuds, une mer plutôt calme, le soleil qui s’invite chaque jour au programme et une amie navigatrice à bord, nous avons bénéficié de conditions de rêve pour sillonner encore une fois la Bretagne du Sud, dans une atmosphère automnale, avant de remettre Fou de Bassan à terre pour l’hivernage. Le lendemain, de retour en Suisse, il y a eu ce fameux coup de téléphone nous annonçant qu’il était arrivé quelque chose de grave à notre bateau.


Nous avons clos la saison en beauté, en parcourant 210 milles entre les îles de Noirmoutier, Yeu, Belle-Île-en-Mer et Groix. Heureux d’avoir navigué souvent avec notre gennaker, par des vents de travers, sur une mer assez calme. Et bien sûr, en n’omettant surtout pas de partager, chaque fin de journée, notre coupe avec l’univers, afin de le remercier d'avoir créé ces lieux si enchanteurs que sont les criques et les côtes bretonnes.


Une semaine avec un goût de paradis

Une atmosphère propice qui m’a aussi donné l’audace d’entreprendre mes premières manœuvres au moteur pour faire quelques entrées et sorties dans les ports. Sans vouloir fanfaronner – car je n’ai pas encore testé les manœuvres avec des rafales de 20 nœuds et des courants forts - j’ai le sentiment qu’il est plus simple de tenir la barre que de devoir jongler avec les amarres ou les aussières tout en devant sauter sur les pontons pour stabiliser le bateau.

Bref, une semaine qui avait un goût de paradis.





Nous avons sorti Fou de Bassan de l’eau il y a à peine deux jours, et l’avons préparé pour l’hiver. Ne restait plus qu’à dégréer les voiles. Pris encore une fois par le temps, nous avons décidé de déléguer cette tâche à un chantier naval.


Le coeur un peu serré (en ce qui me concerne) de devoir quitter l'univers marin pour plusieurs mois, dans le train qui nous ramenait de Vannes à Lausanne, nous avons commencé à planifier la saison 2022 prochaine, un programme qui nous emmènera vraisemblablement sur les côtes atlantiques espagnole et portugaise. Peut-être aussi à Madère et aux Açores.


Et puis ce soir, il y a eu ce coup de téléphone du port. Le service de manutention, pendant une intervention avec la grue sur un voilier voisin, a troué la coque de notre bateau, à l’avant, sur son tribord. « C’est grave », m’a dit la personne responsable de cet accident.


On a beau se dire que ce ne sont que des dégâts matériels, cela nous fait quand même mal. Car on s’attache à notre bateau. Fou de Bassan est notre compagnon. On prend soin de lui et il prend soin de nous.

Alors voilà. Nous n’avons pas encore constaté l'ampleur du dommage. Ce qui est toutefois certain, c’est que nous allons devoir amener Fou de Bassan - par voie de terre - dans un chantier spécialisé, pour réparer sa coque et toutes les parties endommagées. En espérant pouvoir le remettre à l'eau au mois de mars.


Je ne peux pas m’empêcher de repenser aux mises en garde d’amies et d’amis navigateurs quand nous leur avons annoncé que nous avions débaptisé notre voilier pour lui le renommer Fou de Bassan. Superstitieux, les marins racontent qu’ils s’astreignent toujours à un rituel quand ils décident de renommer leur bateau. Malheur à celles et ceux qui choisiraient de s’y soustraire.

Lors du rachat d’un bateau, on peut choisir de modifier le nom de ce dernier. Cependant, selon les croyances, une malédiction peut alors s’abattre sur le bateau. Afin de ne pas déclencher la colère des dieux, il est indispensable de “tuer le macoui”, aussi appelé “serpent”, il s’agit autrement dit du sillage du bateau.

Tout d’abord, il faut sortir en mer en compagnie d’un navire ami. Après quelques verres échangés en bonne compagnie, il faut “saouler le sillage” en versant la boisson préférée du propriétaire à l’arrière du bateau.

Le bateau ami devra alors couper à trois reprises le sillage au plus près du tableau arrière. Cet acte viendra alors tuer l’ancien “macoui”. Le bateau étant débaptisé, il faudra le rebaptiser tout en remerciant Neptune en lui versant quelques verres coté tribord.

Il est important de faire disparaître toutes traces de l’ancien nom que ce soit sur les papiers du navire, sur les cartes, les bouées…


Cette fois c’est décidé, lors de la remise à l’eau de Fou de Bassan, nous tuerons le macoui. Alors les bateaux amis, faites-nous signe. On se chargera des boissons !









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