De São Miguel à La Rochelle sur un seul bord

Port des Minimes, La Rochelle, 9 août 2026
La chance nous a souri. Un vent oscillant entre 12 et 22 nœuds a porté notre équipage bien accordé pendant huit jours, sur un seul bord, pour rejoindre La Rochelle depuis São Miguel, aux Açores. Ouf, c’est fait.
C’est avec une certaine appréhension que je me préparais à passer huit jours en mer, notre dernière grande traversée remontant à notre précédent retour des Açores, il y a trois ans. Comment allions-nous nous entendre avec Bettina et Robin, que nous connaissions à peine et qui étaient venus nous rejoindre pour cette aventure ? Et si notre pilote nous lâchait en route ? Et si, et si, et si ?
Notre aventure s’est merveilleusement bien déroulée. Une belle alchimie, une dynamique d’équipage calme et harmonieuse, et des conditions météorologiques dont nous n’aurions pas pu rêver meilleures.

Bien sûr, il a fallu composer avec l’inévitable journée où, chahutés par des vagues venant frapper avec force les flancs de Fou de Bassan, chacune et chacun, en se gardant bien de partager ses sentiments avec le reste de l’équipage, a juré dans son for intérieur qu’on ne l’y reprendrait plus : « la navigation côtière, c’est quand même bien plus confortable à nos âges.»
Puis, de façon prévisible, comme si cela était écrit dans le scénario des longues navigations, cette phase désagréable s’est effacée de notre cerveau pour laisser place à une autre :
« Nous sommes privilégiés de vivre de tels instants, poussés par le vent au milieu de l’océan. »
Rien de tel pour « reseter » notre cerveau, comme l’a souvent répété Bettina.
Au cours de cette traversée, un seul véritable souci : notre téléphone satellite Iridium, dont le système commence à devenir obsolète. Impossible de joindre sur leur portable les personnes restées à terre, en Suisse. Notre trace satellite a également disparu de la page qui lui était dédiée. Que se serait-il passé si nous avions dû appeler les secours ? Il semblerait que nous ne soyons pas les seuls à déplorer de pareilles mésaventures. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles de plus en plus de navigatrices et de navigateurs se tournent vers Starlink, un système certes beaucoup plus performant, mais qui nous maintient connectés au monde, rompant ainsi une partie du charme propre aux traversées.
Nous étions partis de São Miguel avec l’intention de rejoindre La Corogne. Mais au quatrième jour, les vents restant favorables, le capitaine a proposé de mettre directement le cap sur La Rochelle. Cela nous évitait d’attendre en Galice une nouvelle fenêtre météo propice et limitait, par la même occasion, le risque de croiser des orques au large de la péninsule Ibérique. Nous n’avons pas hésité longtemps. Va pour La Rochelle !

La dernière nuit fut magique, à barrer avec les étoiles pour repères. Puis, conformément au scénario, à peine étions-nous arrivés que cette parenthèse unique nous a paru déjà bien lointaine.
Bettina et Robin sont déjà repartis. Il ne nous reste plus qu’à remonter Fou de Bassan jusqu’à Arzal, avec Olivier, notre fils, qui embarquera pour cette dernière étape. Nous profiterons de cette escale à côté de la « clinique des Ovnis » pour faire réviser notre pilote, qui proteste dès que le bateau gîte sur bâbord.
En octobre, nous ramènerons Fou de Bassan au port des Minimes, où il hivernera à l’eau.
En attendant, comme promis dans le billet précédent, voici la petite histoire — véridique — du merle de la marina d’Angra. Nous avons vu et entendu cet étonnant merle, et c’est le capitaine du port qui m’a raconté le fin mot de son histoire.
Le merle noir
C’est l’histoire
D’un merle noir
Qui vivait
Dans le port d'Angra,
À Terceira.
Un jour
Ce merle noir
Fit la connaissance
D’un homme
Qui sifflait joliment
En arpentant,
Tous les matins,
Les quais
De ce joli port.
Subjugué
Par les notes joyeuses
Qui s’envolaient
De la bouche
Du monsieur barbu,
Le merle noir
Fit sienne cette mélodie.
Depuis,
À chaque heure du jour,
Le merle noir
Régale
Les oreilles averties
Des plaisancières et plaisanciers
Amarrés sur les pontons.
Parfois,
Perché au sommet d’un mât,
Dans un élan de générosité,
Il accompagne,
Jusqu’aux balises
Qui marquent l’entrée du port,
Les voiliers qui prennent le large.
Certains,
Quel dommage,
Ne remarquent même pas
Le bel oiseau.
Pas grave,
Le merle noir sait
Qu’il fait le bonheur
Du vieux monsieur
Et de celles et ceux
Qui sont aux anges
En entendant
Son chant.
Ecouter le chant du merle:


La navigation transocéanique des Açores vers les pertuis charentais "sur un seul bord" (au reaching ou vent de travers constant) témoigne d'un anticyclone de l'Atlantique Nord idéalement positionné. C'est le rêve de tout routeur météo : avaler les milles sans manœuvre fatigante (virement ou empannage). Lors de l'arrivée au port des Minimes, l'ambiance est à la fête après des jours de veille. Enfiler une jupe paillette pour la soirée de clôture au pavillon du club nautique célèbre magnifiquement l'atterrissage. L'utilisation du routage isochrone par satellite permet d'exploiter la houle résiduelle du Gulf Stream, optimisant la polaire de vitesse du voilier tout en préservant le gréement dormant de la fatigue structurelle.
Bravo pour ce retour exceptionnel !
Bon courage pour le retour à terre et … la préparation de la suite de vos aventures !
Amitiés
Bernard
PS : Hervé m’a aidé à finaliser la connection de notre nouveau Sarlink. Ça change, ça va même plus vite qu’à la maison !!